Steph Simon : un précurseur au service de l’habitat



Steph Simon : un précurseur au service de l’habitat
Ingénieur des Arts et métiers, Steph Simon (1902-1982) devient, au sortir de la seconde guerre mondiale, l’agent commercial de l’Aluminium français. Dans un contexte de reconstruction et de nécessité d’habitat à bon marché, il se lie aux architectes designers, Jean Prouvé et Charlotte Perriand qui lui confient la promotion de leur création innovante dans les arts appliqués et l’architecture intérieure.
Il s’agit alors de présenter à un large public des aménagements intérieurs avec un mobilier et des objets accessibles à tous en terme de prix. C’est avec le développement de l’industrialisation qu’émerge au début du XXème siècle le design, cet art nouveau, véritable phénomène international.
Favorables à la production industrielle pour fabriquer mobilier et objets aux formes simplifiées, les architectes intérieurs / designers comptent désormais avec l’industrie, symbole du monde moderne.

Dans ce processus, les ingénieurs comme Steph Simon vont jouer un rôle central pour favoriser la production en série de l’habitat collectif. Alors qu’il édite les équipements collectifs de Charlotte Perriand et Jean Prouvé (cité universitaire internationale de Paris, Cité universitaire d’Antony), il décide en 1956 d’ouvrir une galerie au 145 boulevard Saint Germain Paris, où il expose les modèles exclusifs des deux grands noms du design français. Il promeut ainsi les conceptions d’aménagements intérieurs à la fois privés et industriels élaborées par son bureau d’études, organisées dans son loft à Ivry sur Seine sous la direction artistique de Jean Prouvé et Charlotte Perriand ; cette dernière ayant favorisé le passage entre le tube d’acier utilisé depuis 1925 par l’architecte designer Marcel Breuer, pionnier du design, et ainsi démontrer par la plasticité de l’aluminium, que ce matériau peut désormais se décliner au service de l’habitat, dans le cadre d’une rationalisation de l’espace et d’une architecture intérieure bon marché.

Steph Simon présente aussi des luminaires de Serge Mouille, de la vaisselle de Jean Luce, des vases cylindres de Georges Jouve, des grès de Pierlot, des tapisseries de Simone prouvé pour développer un véritable art d’habiter. Il expose aussi le mobilier créé par Charlotte Perriand, sur proposition de Le Corbusier, pour le pavillon du Brésil (1959) : un mobilier multifonction. Un module fixé au mur regroupe une bibliothèque et un tableau noir faisant office d’aide-mémoire. Une armoire de rangement s’utilise comme penderie et sert de meuble-écran. Le lit s’utilise comme banquette le jour.
Plus tard la galerie diffuse les luminaires en papier d’Akari Isamu Noguichi (1963), les tabourets de Sori Yanagi, les meubles de marque italienne Techo, quelques objets de Danese et de Braün.
Les architectes intérieurs collaborateurs de Steph Simon s’engagèrent à créer dix modèles standard par an et à les adapter au gré des commandes, d’où certaines pièces rarissimes.
Novateur et téméraire Steph Simon fut un véritable précurseur du mobilier moderniste, soutenu par le salon des Arts Ménagers, mais peu diffusé. L’ouverture de sa galerie demeura un phénomène nouveau.

En 1974, Steph Simon, alors septuagénaire revendra sa galerie à Henri Machet, l’un de ses collaborateurs aujourd’hui disparu. C’est à lui que François Laffanour a acheté les 700 plans, 300 photos, factures, bons de commande, projets composant les archives du célèbre galeriste promoteur du nec plus ultra du design.
Aujourd’hui ces archives ont été exposées par la Galerie Down Town en octobre 2007 ; Cette exposition a permis de plonger le visiteur dans l’une des plus belles aventures artistiques d’après-guerre, toujours d’actualité.